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Actualités Géopolitiques

L'invariable

Diplomatie en triptyque : Chine, Russie et Corée du nord

Vladimir Poutine se serrent la main lors d'une cérémonie de signature d'accords, entourés des drapeaux chinois et russes (photo d'archive, 2023). Biro Pers

Avec une croissance du PIB de 3,7% en 2024, la Corée du Nord connaît sa plus forte croissance depuis 2016, permise à la fois par les soutiens de la Russie et de la Chine. Alors que Pyongyang est sous le joug des sanctions internationales en raison de son programme nucléaire, le petit pays jadis en autarcie revoit sa stratégie diplomatique pour devenir un acteur qui pèse sur la scène internationale. 



Quelle position pour la Chine sur la scène internationale en 2026 ? 


La visite du président américain Donald Trump en mai dernier est venue s’inscrire dans un contexte diplomatique important pour la Chine qui voit défiler les présidents du monde entier à Pékin dans un ballet diplomatique réglé au métronome. Selon le journal Aljazeera, Xi Jinping a reçu 26 dirigeants du monde entier, issus de 23 pays différents entre janvier et la mi-juin 2026 dont un tiers des déplacements ont été réalisés par des pays européens, à l’image de la première visite d’un Premier ministre anglais depuis Theresa May en 2018 réalisée par Keir Starmer. Ce choix de Xi Jinping de faire venir les dirigeants à lui, et non de se déplacer vers eux est un symbole fort envoyé au reste du monde : la Chine est une puissance diplomatique reconnue et qui a du poids dans les relations internationales, devenant un centre de gravité diplomatique à échelle mondiale qui ne fait plus aucun doute. Accueillant successivement Donald Trump puis Vladimir Poutine, pour ensuite faire le choix de se déplacer en Corée du Nord pour sa première sortie du territoire, montre à quel point la stratégie diplomatique chinoise est réfléchie, tout autant que symbolique. 

La tradition confucéenne chinoise du pouvoir veut que les peuples étrangers « barbares » s’assimilent à l’Empire du milieu, et admettent leur soumission à l’Empereur en raison de sa supériorité naturelle, à lui fils du Ciel. De nos jours, le système impérial a certes disparu, mais la tradition confucéenne marque encore durablement la politique diplomatique de la Chine. 

De plus, si de nombreux dirigeants décident de se rendre en Chine, c’est bien car la Chine reste un acteur incontournable, notamment en tant que partenaire commercial. En effet, pour la neuvième année consécutive, le pays maintient sa place de premier pays commerçant de marchandises au monde, avec un commerce extérieur atteignant 45 billions de yuans, soit 5 720 milliards d'euros en 2025, selon l'Administration générale des douanes chinoises et un excédent commercial de 1 000 milliards de dollars.


Retour sur la visite d’État de Donald Trump en Chine : 


Les 15 et 16 mai derniers, Xi Jinping recevait le président américain Donald Trump à Pékin, dans une visite d’État de deux jours. Accompagné par un arsenal de chefs d’entreprises et de dirigeants de la tech, Donald Trump souhaitait certainement trouver des « deal » avec son homologue chinois pour faire avancer les discussions commerciales depuis le sommet à Busan en octobre 2025. Première visite d’un président américain depuis 2017, sous le premier mandat de Donald Trump, revenons sur cette visite historique marquée dans un contexte international en pleine mutation. 


Malgré la création d’un « Board of Trade », un Conseil du commerce visant à déterminer quels sont les produits que les deux pays peuvent échanger malgré les périodes de tensions, et de cadres réglementaires pour l’investissement, la situation semble rester à l’état stationnaire. 

Alicia Garcia-Herrero nous fait comprendre que Pékin et la Maison Blanche bénéficient d’avantages comparatifs respectifs. Effectivement, là où Washington s’appuie sur une puissance de calcul très puissante grâce à Nvidia et TSMC, Pékin jouit quant à elle de l’afflux de terres rares sur son territoire. Autrement dit, quand les États-Unis resserrent leur étau sur le partage des semi-conducteurs à la Chine, cette dernière fait de même en restreignant les exportations de gallium, de germanium et des terres rares aux États-Unis. La chercheuse Alicia Garcia-Herrero nous explique ainsi que les deux pays ne peuvent, dans l’état actuel des choses, « se permettre d’appuyer sur la gâchette qu’elle a passé les derniers mois à armer. » En d’autres termes, les deux pays ont mis en sursis leurs différends afin de ne pas fragmenter durablement la chaîne d'approvisionnement technologique mondiale en décidant de ne pas ajouter de nouvelles restrictions. 


Côté militaire et tensions géopolitiques internationales, les deux États sèment encore le trouble. En effet, même si le président américain se vante d’avoir trouvé un accord sur l’arrêt d’envoi de matériel militaire chinois à l’Iran, des déclarations précises de ce désengagement ne sont pas connues. De surcroit, le président chinois le dit et le répète chaque année, la question de la réunification de Taïwan est inévitable. Le message adressé aux États-Unis était donc clair : la poursuite d’envoi de matériels militaires par Washington à l’île du détroit constitue une provocation envers Pékin qui ne saurait être tolérable dans le temps. En réponse, le Secrétaire d’Etat Marco Rubio a désigné une attaque contre Taïwan comme une erreur catastrophique, rapporte Alicia Garcia-Herrero. Finalement, ces déclarations n’ont pas été suivies d’engagement concret. 

Plus tard, lors de la visite de XI Jinping en Corée du Nord, le Chef suprême de la République populaire démocratique de Corée, Kim Jong-un, a rappelé son soutien indéfectible  au « principe d'une seule Chine ».



Poutine en Chine, quelques jours seulement après Donald Trump : 


Même pas une semaine plus tard, le 20 mai dernier, Xi Jinping recevait son homologue russe, Vladimir Poutine. Alors qu’aucun accord notable n’a pu être signé avec les États-Unis, la Chine et la Russie ont signé une quarantaine de documents, comprenant un traité de coopération stratégique incluant des clauses militaires, rapporte Lanouvelletribune. 

Cette rencontre, se déroulant malgré des « facteurs extérieurs défavorables » a néanmoins permis à la relation bilatérale d’atteindre « un niveau sans précédent » selon Poutine. 


La signature d’une quarantaine de documents n’a cependant pas permis les avancées espérées par Poutine concernant le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 ». Ce projet, qui permettait à la Russie de doubler ses exportations d’hydrocarbures vers la Chine - alors que les importations de Pékin en provenance de la Russie ne représentent que 5% de ses importations totales - se trouve au point mort. Nécessaire à l’économie russe pour faire face à la fermeture des marchés européens depuis la guerre en Ukraine et du Nord Stream 1 qui reliait la Russie et l’Allemagne, la rencontre entre les deux dirigeants n’a pas fait avancer le projet. Censé relier les réserves russes aux zones côtières chinoises, des « progrès » ont été observés par Dmitri Peskov, porte-parole russe, énonçant dans le même temps qu’ « il reste à s’entendre sur certains détails. »

Nicolas Tenzer, chercheur en géopolitique et enseignant à SciencesPo estime que « Sur le plan économique, commercial s’il n’y avait pas les achats de pétrole à la Russie par la Chine, l’économie russe s’effondrerait encore plus. », alors même que la Chine importe 80% des exportations iraniennes de pétrole. 

Selon les propos rapportés par Pierre Antoine Donnet de ce même porte parole russe, « une compréhension des principaux paramètres » a été entendue entre les deux pays, sans pour autant qu’ils se soient accordés sur un « délai de mise en œuvre ». Même si la Chine tente de diversifier son approvisionnement énergétique, le gaz ne représente que 10% de sa consommation énergétique alors que le charbon représente 56% de la consommation d’énergie primaire en 2023, selon la Direction générale du Trésor français. De surcroît, malgré une augmentation des exportations russes vers la Chine en matière énergétique, les exportations russes (GNL et gazoduc) restent toujours inférieures aux exportations passées en direction de l’Europe. Finalement, les données récentes montrent que la fermeture du détroit d’Ormouz à cause de la guerre en Iran a profité aux exportations russes en direction de son « meilleur ami », augmentant de 35% au premier trimestre 2026. 


Enfin, souvent répété, mais toujours intéressant à noter et à analyser, la relation entre la Russie et la Chine est avant tout asymétrique, marquée par une dépendance de la Russie à l’égard de la Chine. Effectivement, depuis la « situation en Ukraine » comme le mentionne la Chine, la Russie se trouve affaiblie et en manque de soutien commercial de la part de tout le monde occidental qui absorbait une grande part de ses exportations énergétiques. Si la Chine, elle, peut faire preuve de patience, la Russie de son côté, ne le peut. Howard Zhang, ancien directeur du service Chine de la BBC rappelle que « Pékin peut se permettre d’être patiente ; Moscou, qui soutient une économie de guerre sous le poids de sanctions prolongées, ne le peut pas. »

Aujourd’hui, la relation commerciale entre Pekin et Moscou affiche des chiffres en baisse, une première en cinq ans. En 2025, le commerce bilatéral était équivalent à 1630 milliards de dollars, soit 6,5% de moins qu’en 2024. Nous l’avons dit, Pékin absorbe 5% des exportations russes, alors que les importations russes en provenance de Chine représentent 30% de son total, selon l’agence russe TASS. 


Quelle position tient la Chine avec la Corée du Nord ? 


Lundi 8 juin 2026, le président chinois Xi Jinping s’est rendu en Corée du Nord pour une visite d’État de deux jours après sept ans d’absence sur le territoire depuis 2019. Xi Jinping était accompagné par son chef de cabinet Cai Qi, le ministre de la Défense Dong Jun, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et le ministre du Commerce Wang Wentao. Lors de cette visite d’État exceptionnelle, la Chine et la Corée du Nord ont multiplié les déclarations conjointes d’amitié, tout en manifestant leur volonté de renforcer leur coopération dans de nombreux secteurs. D’après l’agence de presse nationale nord-coréenne KCNA, les deux pays sont prêts à « ouvrir un nouveau chapitre » dans leurs relations bilatérales, afin d’approfondir leurs relations ainsi que la coopération dans les domaines politique, économique, culturel, commercial et touristique. 


Selon le Secrétaire général (SG) du Parti communiste chinois (PCC) Xi Jinping, « La compréhension mutuelle entre la Chine et la Corée du Nord s'est approfondie et élargie, et l'orientation du développement futur est devenue plus claire et plus définie » lors de cette rencontre rapporte Reuters. Cette « amitié toujours renouvelée » a notamment été symbolisée par la plantation conjointe d’un sapin devant une école de formation des futurs cadres du parti nord-coréen.


Cette visite, en plus de s’inscrire dans un ballet diplomatique important pour Pékin en cette année 2026, marque le 65e anniversaire du pacte de défense entre la Chine et la Corée du Nord.

« Peu importe l’évolution des temps ou la façon dont la situation internationale se transforme, l’amitié traditionnelle entre la Chine et la Corée du Nord est toujours invincible », a-t-on pu lire dans le journal officiel nord-coréen. Bien qu’aucun accord ne se soit conclu entre les deux pays au terme de cette rencontre au sommet, cette phrase prononcée par le président chinois illustre en elle-même tout le soutien apporté par Pékin à Pyongyang, alors même que le pays de la péninsule s’est rapproché de Moscou depuis la guerre russo-ukrainienne. 

Le premier déplacement à l’extérieur du président chinois était avant tout symbolique, appuyant la volonté de la Chine d’agir comme un acteur de premier plan en Asie de l’Est. Pour la Corée du Nord, cette rencontre témoigne de l’importance croissante que Pyongyang a gagné ces dernières années au niveau diplomatique dans la région, notamment en se rapprochant de la Russie, pays allié de la Chine et dont les dirigeants seraient « meilleurs amis ». Sans traiter de la dénucléarisation de la Corée du Nord ou encore de la situation avec la Corée du Sud, la visite d’État du président chinois semble avoir été axée davantage sur le renforcement des relations bilatérales, en vue peut-être d’une collaboration renforcée. 


Près de dix ans après les sanctions onusiennes contre la Corée du Nord, les échanges commerciaux entre Pékin et Pyongyang sont au plus haut niveau depuis 2017, s’élevant à 325,8 millions de dollars en avril. Les importations chinoises depuis la Corée du Nord représentent 73,5 millions de dollars, là où les exportations chinoises en direction de la Corée du Nord représentent 252,3 millions de dollars.



Quelle situation en 2019 ? 


Lorsque Xi Jinping se rend en République populaire démocratique de Corée (RPDC) les 20 et 21 juin 2019, la situation est différente de celle en 2026. D’abord, la visite d’État vient rompre avec quatorze ans d’absence d’un président chinois sur le sol nord-coréen. En pleine guerre commerciale avec les États-Unis lors du premier mandat de Trump et à la veille du sommet du G20 au Japon, Xi Jinping avait voulu montrer au reste du monde, notamment à Moscou et Washington, que la péninsule coréenne était une affaire chinoise, son « pré-carré ». 

Lors de cette même visite, le président chinois avait affirmé vouloir « renforcer les échanges et la coordination entre la Corée du Nord et les parties intéressées afin de faire progresser les pourparlers sur la péninsule coréenne » et agir en acteur de premier plan dans les affaires concernant la diplomatie coréenne par rapport à la Maison Blanche qui a laissé mauvaise impression après l’échec des négociations en février 2019. Montrant sa bonne volonté avec Pyongyang, l’Empire du milieu souhaite se positionner comme un intermédiaire nécessaire pour toute négociation avec la Corée du Nord, notamment vis-à-vis des États-Unis. En d’autres termes, alors que Trump aimerait passer un « deal » avec le pays dirigé par Kim Jong-un, celui-ci devrait assouplir ses positions commerciales avec la Chine pour que cette-dernière appuie les démarches auprès de la Corée du Nord. 


En 2019, le dirigeant Nord-Coréen avait réussi une poussée diplomatique importante, sortant son pays de l’isolement international qu’il connaissait après le renforcement des sanctions internationales, qualifiant même le pays d’« Etat voyou ». De fait, Kim Jong-un avait rencontré à deux reprises le président Trump -l’on se rappelle de cette vidéo où le dirigeant Nord-coréen invite Trump a franchir la ligne de démarcation- et avait même été invité par son homologue sud-coréen Moon Jae-in à franchir la DMZ en avril 2018. À ce titre, le président sud-coréen s’était réjoui que « la fleur de la paix se soit entièrement épanouie sur la péninsule coréenne ». 

Ce changement de politique étrangère de la Maison Blanche a poussé le pays du soleil levant à revoir sa stratégie et à rencontrer le dirigeant Kim Jong-un. À l’époque, le directeur de recherche au CNRS rattaché à l’Institut de recherche français sur l’Asie de l’Est (IFRAE) de l’INALCO Jean Pierre Cabestan affirmait que « Kim Jong-un joue la Russie et la Chine contre les Etats-Unis et le Japon ». 


Enfin, bien que les initiatives diplomatiques nord-coréennes aient porté leurs fruits, sa situation intérieure rencontrait des difficultés, subissant les sanctions internationales et les pénuries agricoles à cause des fortes sécheresses. C’est dans ce contexte intérieur complexe que Pyongyang a besoin de son allié chinois. 


Aujourd’hui, et après le « coup de force de l’ancien président sud-coréen Yoon Suk-Yeol, et sa destitution », les relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, portée désormais par le président Lee Jae-myung, sont entrées dans une nouvelle ère. 

En effet, la situation connue en 2019 est lointaine et les relations internationales ont connu des mutations profondes. La crise du Covid-19, la guerre russo-ukrainienne, le retour de la guerre au Moyen-Orient et désormais le deuxième mandat de Trump aux États-Unis sont autant de facteurs qui ont entraîné la géopolitique dans de nouveaux jours. 

En 2026, malgré les tentatives du nouveau président sud-coréen de rapprocher les deux pays de la péninsule - s’inscrivant donc dans une démarche de celle de son prédécesseur Yoon Suk Yeol -, le président Nord-coréen qualifiait la Corée du Sud d’« Etat ennemi le plus hostile », en mars. De plus, la révision constitutionnelle de mars 2026 en Corée du Nord, publiée par le ministère de l’unification de la Corée du Sud dévoile la suppression de la clause stipulant que la Corée du Nord « se bat pour réaliser l’unification de la mère patrie », rapporte LeMonde. 


Malgré les tentatives de rapprochement sud-coréennes, qualifiées de « trompeuses » par Kim, les relations entre les deux pays, toujours en guerre depuis 1953, sont donc de plus en plus complexes. 


De surcroit, depuis la guerre russo-ukrainienne, la Corée du Nord s’est petit à petit rapprochée de son voisin russe, entrainant une modification des rapports de force et des liens diplomatiques des pays dans la région. Depuis désormais quatre ans, Pyongyang et Moscou ont renforcé leurs liens économiques et militaires, permettant au pays nord de la péninsule de connaître sa plus forte croissance en 2024 depuis 2016 malgré les sanctions internationales, soit une croissance de 3,7 %. 

L’envoi de troupes nord-coréennes sur le front ukrainien pour soutenir l’armée russe qualifiée par Vladimir Poutine « d’exploit », dont les besoins oscillent autour des 30 000 et 35 000 hommes chaque mois pour compenser les pertes, est remercié par le Kremlin par un soutien économique à la Corée du Nord. 

Alors que le ministère sud-coréen de la Défense pointait du doigt les violations des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, le chef d'état-major de l'armée russe Valéri Guérassimov reconnaissait officiellement le soutien nord-coréen dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. 


Le soutien nord-coréen est aussi marqué par l’envoi de quelques 8 à 11 millions d’obus et de missiles à la Russie. En échange de ce soutien, la Russie a aidé la Corée du Nord à lancer un satellite en 2023 après les échecs de la Corée du Nord en solitaire. De plus, un « traité de partenariat stratégique global » a été signé entre les deux pays suite à une visite du président russe Vladimir Poutine dans la capitale nord-coréenne en juin 2024, instaurant une assistance mutuelle en cas d’agression. V. Poutine avait décrit ce document comme « fondamental » et qu’il « jettera les bases de nos relations à long terme » au moment de sa signature. Dans le même élan, le président russe souhaitait revoir les sanctions onusiennes en disant que « le régime de restrictions d’une durée indéfinie adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies à l’égard de la République populaire démocratique de Corée et inspiré par les Etats-Unis et leurs alliés doit être réexaminé », alors même que la Russie avait voté ces sanctions. 

Plus tard, et afin de montrer son appui à Pyongyang et pour contourner le droit international, la Russie a livré plus d’un millions de barils de pétrole entre mars et novembre 2024, alors que les sanctions internationales limitent les envois à 500.000 barils par an.



Des contradictions : 


Alors que les agences de presse chinoises mettent en avant les négociations en matière de commerce et d’agriculture, la presse officielle nord-coréenne a orienté son discours sur le pied d’égalité entre les deux partenaires. Pyongyang a en effet cherché à témoigner de la « relation spéciale » qu’elle entretenait avec Pékin, là où le PCC a quant lui cherché à démontrer une volonté de participer à l’ordre mondial.  

Autrement dit, quand Pyongyang tente de se rassurer et de montrer au monde qu’elle bénéficie de l’appui et de l’intérêt de la deuxième économie mondiale, Pékin cherche de son côté à mettre en avant sa bonne volonté en faveur de la stabilité internationale.



Quel rapprochement avec la Russie ? 


Le 21 avril 2026, la Russie a annoncé avoir inauguré le tout premier pont permettant de relier la Russie à la Corée du Nord, ancrant physiquement la relation que les deux pays ont su établir ces dernières années, alors que les deux pays n’étaient liés que par des liaisons aériennes et ferroviaires. 

Au-delà d’un symbole autant qu’une métaphore forte estimé à une valeur de 100 millions d’euros, les relations russo-nord-coréennes sont en plein essor depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en février 2022. Subissant de multiples sanctions internationales, les deux pays ont construit une relation qui s’étend à plusieurs domaines (tourisme, économie, industrie, militaire) et permet aux deux pays de garder une place importante sur la scène internationale. 



Vers une coopération diversifiée : 


Au-delà d’une coopération économique et militaire certaine, les deux pays continuent à contourner les sanctions internationales en ayant instauré une coopération humaine par l’envoi de main-d’oeuvre nord-coréenne en Russie. Sur la seule année 2025, les nord-coréens ont obtenu 36 000 visas pour la Russie, et bénéficié de 30 millions d’euros du collège Sodeistvie entre octobre 2023 et juin 2025. 

La coopération entre les deux pays sera aussi celle de la reconstruction des bâtiments détruits. En effet, la Corée du Nord a prévu d’envoyer 6 000 hommes du génie militaire « pour remettre en état les infrastructures détruites par les occupants » avait annoncé Sergueï Choïgou, secrétaire du conseil  de sécurité russe.  


Multipliant les coopérations, en plus d’exporter mutuellement des produits (soja, maïs, porc et farine de blé entre autres côtés russe contre du ginseng ou de l’alcool de serpent Baemsul côté nord-coréen) les échanges touristiques connaissent également quelques avancées. Avec 10.000 voyageurs russes en Corée du Nord en 2025, un nouveau record a été établi. 

Grâce à la livraison de colis en direction de Pyongyang permise par le service de Poste russe, Moscou permet au pays nord de la péninsule coréenne d’accéder au système financier mondial. 



Que retenir de la situation globale à date de juin 2026 ?  


En fin de compte, à l’heure où les puissances du G7 se regroupent à Evian, la Chine, la Russie et la Corée du Nord approfondissent leurs relations bilatérales mutuelles. De son côté, la Chine profite de l’effort de guerre russe et de l’arrêt des relations commerciales avec l’Europe pour renforcer son hégémonie à l’égard de la Russie.  La Russie, en manque de partenaires commerciaux pour écouler ses hydrocarbures se tourne vers la Chine pour écouler massivement ses stocks, même si les exportations restent encore inférieures aux anciennes exportations avec l’Europe. Son manque d’appui diplomatique profite à la Corée du Nord qui, malgré des sanctions internationales qui se multiplient, profite de l’isolement russe pour gagner en influence en Asie de l’Est. En se rendant nécessaire auprès de Moscou par l’envoi d’obus et de militaires pour soutenir l’effort de guerre russe, la Corée du Nord montre qu’elle peut être un partenaire utile, tant sur le plan moral et diplomatique que militaire. 

Enfin, le rapprochement entre Pyongyang et Moscou fait réagir Pékin qui cherche à montrer sa dominance en matière de diplomatie. Le choix de la Corée du Nord comme premier déplacement extérieur de Xi Jinping symbolise à lui seul toute l’étendue et la réflexion de la diplomatie chinoise qui veut agir dans les symboles et les actions concrètes. 

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