• Pékin — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 13 °C
  • Tokyo — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 18 °C
  • Séoul — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 10 °C
  • Pyongyang — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 6 °C
  • Oulan-Bator — 27 oct.. 2026 | 20:03 | -8 °C
  • Taipei — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 22 °C
  • Hong Kong — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 26 °C
  • Macao — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 27 °C
  • Pékin — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 13 °C
  • Tokyo — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 18 °C
  • Séoul — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 10 °C
  • Pyongyang — 27 oct.. 2026 | 21:03 | 6 °C
  • Oulan-Bator — 27 oct.. 2026 | 20:03 | -8 °C
  • Taipei — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 22 °C
  • Hong Kong — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 26 °C
  • Macao — 27 oct.. 2026 | 20:03 | 27 °C

Actualités Géopolitiques

L'invariable

Laos : dans la toile de Pékin

Vue aérienne du barrage hydroélectrique de Nam Theun 2 sur une rivière serpentant à travers la forêt tropicale du Laos chalongrat hantragul

Selon France Diplomatie, « Le Laos entretient des relations politiques privilégiées avec le Vietnam et la Chine. Le Vietnam, allié historique, est lié avec le Laos par un Traité spécial d’amitié et de coopération signé en 1977 (Hanoï assure la formation de la plupart des cadres du Parti populaire révolutionnaire lao et de l’armée). Les relations avec la Chine, plus récentes mais en rapide croissance, s’inscrivent dans un partenariat stratégique global de coopération, conclu en 2009. La Chine est ainsi le premier investisseur et créancier au Laos (elle détiendrait plus de 50% de la dette souveraine), ainsi que le deuxième partenaire commercial du pays, dont elle influence considérablement les politiques. La Thaïlande est son premier partenaire commercial et le deuxième investisseur. »


Le Laos est une République démocratique populaire dirigée par un Parti communiste depuis 1975, suite au renversement de la monarchie. Allié historique du Laos et lié depuis 1977 par un Traité spécial d’amitié et de coopération, le Vietnam est une partenaire économique majeur pour le développement du pays. Aux côtés de la Thaïlande et de la Chine, les trois pays représentent 85% des échanges commerciaux du pays. 



Diplomatique :


Les 5 et 6 juin 2026, Thongloun Sisoulith, secrétaire général du Comité central du Parti révolutionnaire populaire lao et président du Laos, s’est rendu en Chine, à Pékin, pour une visite d’État célébrant les 65 ans de relations diplomatiques entre les deux pays. Cette visite d’État est la première du président à l’étranger Thongloun Sisoulith depuis sa réélection en mars 2026. 


À l’occasion de l'« Année de l'amitié Chine-Laos 2026 », le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président chinois Xi Jinping a mis en avant la relation étroite entre le Laos et la Chine, cette-dernière considérant son voisin comme une priorité dans son voisinage proche. Pékin soutient également le Laos dans sa voie socialiste et s’engage à approfondir la relation bilatérale pour fonder une « communauté d’avenir partagée Chine-Laos de tout temps dans la nouvelle ère. »


Afin de renforcer leur relation, Xi Jinping a proposé un plan au Laos en quatre points afin de renforcer et dicter les grandes orientations de leur relation. 

Le premier axe se concentre sur le maintien d’un système socialiste et à la direction des partis communistes. Dans ce cadre, le président Xi Jinping a proposé de mettre en place un dialogue  stratégique « 3+3 », centré sur les questions diplomatiques, de défense et de sécurité publique. Cette proposition vise à renforcer la communication et lutter contre la criminalité transfrontalière.  

Ensuite, la Chine a proposé de renforcer les liens économiques entre les deux pays en s’appuyant sur la ligne ferroviaire Chine-Laos. Ce renforcement, en plus de permettre une meilleure connectivité entre Pékin et Luang Prabang sera un atout réel pour cimenter les coopération agricole et électrique, tout en étant bénéfique pour le secteur du numérique et de l’intelligence artificielle. 

De plus, grâce à l’Année de l'amitié Chine-Laos 2026, les deux pays ont convenu de renforcer les liens culturelles entre leur deux pays par le biais d’échanges et de renforcement de la compréhension mutuelle entre les peuples. Pékin s’est montrée volontaire pour mener à bien des projets dits « petits et beaux » avec Luang Prabang pour améliorer les conditions de vie des habitants.

Enfin, le Laos et la Chine se sont accordés pour mener une politique étrangère commune, position possible en raison du soutien du Laos au principe d’une seule Chine, au projet « La Ceinture et la Route » ainsi qu’aux qu’aux quatre grandes initiatives mondiales. Pékin espère ainsi du Laos qu’il joue un rôle croissant à échelle régionale, puis internationale. 


Dans le cadre du Fonds spécial Mékong-Lancang pour 2026, la Chine et le Laos ont approuvé sept nouveaux projets de développement pour 3,31 millions de dollars le 16 juin dernier. Ces accords, faisant suite à la visite d’État du président Thongloun Sisoulith au début du mois, permettent de renforcer concrètement leur relation. Le programme Mékong-Lacang compte le Laos, le Cambodge, le Myanmar, la Thaïlande, le Vietnam et la Chine et a été fondé il y a 10 ans pour financer des projets d’infrastructures et de développement.



En juin, le Laos et la Russie ont eux aussi approfondi leur relation en signant un accord de coopération. À l’heure où les pays d’Asie du Sud Est souhaitent diversifier leur mix énergétique, l’accord de coopération ouvre la voie à de futures études pour analyser la faisabilité d’une construction de centrale nucléaire. Grâce au fleuve Mékong, le Laos a construit de nombreux barrages (78) , et disposait d’une capacité hydroélectrique équivalente à 7 000 mégawatts en 2022. 


La signature de l’accord s’est faite entre le PDG de Rosatom, Alexey Likhachev, et le ministre laotien de l'Industrie et du Commerce, Malaithong Kommasith. Il permet à la Russie d’étendre son influence dans la région en soutenant des projets énergétiques, notamment en s’appuyant sur l’entreprise Rosatom, comme ce qui a été fait au Vietnam en mars 2026. Avec des exportations bloquées vers l’Europe depuis la guerre en Ukraine lancée en février 2022, la Russie revoit sa stratégie d’exportations et tente de trouver de nouvelles débouchés, notamment en Asie du Sud-Est. Après avoir vu que la Russie exportait son pétrole en direction de l’Inde dans notre analyse  sur l’Accord de libre-échange entre l’INDE et l’UE, on voit ici comment la Russie, loin des analyses médiatiques occidentales, se restructure et multiplie les actions pour compenser ses pertes. 



Politique :


Au mois de juin, le gouvernement laotien a procédé à un vaste remaniement ministériel modifiant la structure de l’État. Neuvième recompositions depuis 2021, le nombre de ministères a été abaissé de dix-sept  à treize. Pensé pour rationaliser le fonctionnement de l’État et baisser ses dépenses, le Comité central du parti au pouvoir depuis 2021, juge cette réforme « nécessaire » afin de renforcer le fonctionnement de l’État. Proposé par le Premier ministre Sonexay Siphandone et annoncé par le gouvernement laotien le 19 juin dernier, le remaniement avait été adopté par l’Assemblée Nationale en mars 2025, et approuvé lors d’une session extraordinaire du Comité permanent de l’Assemblée nationale le 6 juin. 


Connu pour être un État où la corruption fait rage et obstrue l’efficacité bureaucratique, les remaniements ministériels visent à trouver des solutions efficaces pour palier ces problèmes, tout en réduisant les dépenses de l’État et attirer des investisseurs. 

La fusion du ministère du Plan et de l’Investissement intégré par le ministère des Finances ainsi que la fusion du ministère de l'Énergie et des Mines avec le ministère de l'Industrie et du Commerce sont là pour démontrer la volonté du Parti à faire des efforts d’efficacité administrative et réduire la durée des démarches. 


Toutefois, ce remaniement fait naître des incertitudes au sein de l’appareil étatique. Les fonctionnaires se retrouvent face au fait accompli, sans information concernant leur avenir. Selon un responsable du ministère de la Planification et de l’Investissement « Nous n’avons encore vu aucun document officiel » ajoutant que « Nous avons entendu une rumeur sur les réseaux sociaux » que l’État allait « réduire les effectifs ou proposer des départs anticipés à la retraite ». 


Comme expliquée par le journal Gavroche en 2022, ces remaniements opérés par le Parti répondent à des besoins économiques du pays, marqués notamment par une dette publique ayant atteint 88% du PIB en 2021. 



Économie:


« La Chine, volontairement ou non, a contribué à placer le Laos dans le piège de la dette »


Avec des concessions qui se multiplient et des ZES de plus en plus nombreuses, la Chine se créer sa place au Laos depuis quelques années, à l’image du train qu’elle a mis en place permettant de relier Vientiane à Kunming. Pensé pour désenclaver la capitale lao, cette ligne est active depuis 2023 et réjouit une grande partie de la population car elle permet d’exporter massivement du durian, fruit du Laos, et de rééquilibrer une balance commerciale avec la Chine qui est déficitaire. 

Cette ligne, créée pour relier le Laos et la Chine efficacement a aussi des portées militaires. En effet, si la Chine peut se vanter de n’avoir qu’une seule base militaire à l’étranger à Djibouti, cela ne l’empêche pas de mener des exercices militaires en territoire étranger. Là est tout l’objet de l’exercice conjoint « Bouclier de l’amitié » mené en juillet 2024 au sein duquel l’Armée Populaire de Libération (APL) avait utilisé la ligne ferroviaire afin de faire transporter des soldats et du matériel militaire pour tester ses nouvelles infrastructures 


Si nous commençons sur la ligne ferroviaire dans la partie dédiée à l’économie, c’est qu’à elle seule elle symbolise la stratégie chinoise dans le pays, et à plus large échelle la politique menée par Pékin dans le cadre du projet « One Belt One Road », les Nouvelles Routes de la soie. En effet, par des investissements massifs dans des projets d’infrastructures partout dans le monde, la Chine est devenue le premier créancier des pays en voie de développement. 



Position du Vietnam et de la Thaïlande par rapport aux avancées de la Chine au Laos et au Cambodge :


Face aux avancées chinoises au Laos, le Vietnam et la Thaïlande sont de plus en plus inquiets. Ce rapprochement, en plus de déstabiliser les équilibres régionaux, donne à Pékin un accès direct au Cambodge, allié majeur de la Chine parmi les pays du Mékong. 

Toutefois, la prééminence chinoise tracasse le Vietnam et la Thaïlande qui concèdent tous deux le Laos et le Cambodge comme faisant parti de leur zone d’influence. Avec des incursions cambodgiennes dans les zones thaïlandaises venant raviver les tensions passées, la situation en Asie du Sud Est est technique. Au 19e siècle, alors que le Vietnam (Annam) et la Thaïlande (Siam) connaissaient des différends territoriaux, le Cambodge avait servi d’État tampon pour séparer les deux pays. 



Économie et piège de la dette chinoise :


Désormais, dans certains pays comme le Laos la Chine a pris une place prépondérante dans les investissements du pays. Avec des prêts massifs, les intérêts que le pays doit rembourser sont si élevés qu’il est impossible pour le Laos de s’en sortir économiquement selon le Lowy Institute. Sans allègement, l’Institut estime peu probable un rééquilibrage de la dette du Laos. Avec une faible capacité des institutions laotiennes d’absorber les prêts, une surcapacité du secteur énergétique, des pertes financières et nationalisation des entreprises laotiennes par les entreprises d’Etat chinoises, le tout dû à une mauvaise gestion du petit pays d’Asie de l’est et sa forte corruption, fait sombrer le pays dans le piège de la dette. 


Cette situation intervient alors que le Laos traverse une crise économique qui se renforce d’année en année. En effet, depuis 2022 le kip, la monnaie locale au Laos, a perdu la moitié de sa valeur par rapport au dollars. Le Lowy Institute explique que « Lorsque le kip a perdu la moitié de sa valeur entre fin 2021 et 2022, le ratio dette/PIB du Laos a bondi de plus de 40 points de pourcentage ». En parallèle, alors que les pays du G20 ont proposé un Plan entre 2020 et 2021 pour alléger temporairement la dette lao, Vientiane a bénéficié d’un accord avec la Chine sur l’allongement du remboursement de la dette plus long que l’Initiative proposée par le G20. 

Néanmoins, les clauses de cet accord, favorisées par d’une bonne entente entre deux régimes similaires et d’une main-mise chinoise dans l’économie lao, restent opaques et n’ont pas plu aux marchés. Cette opacité a en effet créé des instabilités et renforcé la crise. De plus, les prêts sont libellés en dollars, à des taux proches de ceux du marché. Autrement dit, les taux ont plus que triplé, passant de 1,1 % du PIB en 2023 à 3,2 % en 2024, selon la Banque mondiale. 

Ce faisant, les prix ont massivement augmenté et les revenus des ménages ont chute tout en entrainant une migration transnationale. Finalement, malgré une croissance de 4% par an, la dette publique estimée à 120% du PIB, selon la direction générale du trésor 



Estimée à 10,5 milliards de dollars en 2023, la dette extérieure souveraine lao est détenue à plus de 50% par la Chine, soit l’équivalent de 5,1 milliards de dollars. Cette dépendance reste toutefois bénéfique au Laos car elle lui permet de ne pas avoir de défaut de paiement grâce à de multiples accords passés avec Pékin. De surcroit, le montant total de la dette estimée plus à 17 milliards en 2023, soit 112% du PIB, selon le Lowy Institute, et plus de la moitié des recettes ont été consacrées au remboursement de la dette en 2023. 


À titre de comparaison, la Chine possédait 9% de la dette extérieure sri lankaise, avant que le Sri Lanka cède son port de Hambantota. 


Toutes ces mesures ont des conséquences néfastes pour les politiques budgétaires du pays. En 2024, les budgets pour l’éducation et pour la santé sont en baisse, représentant à eux deux 11,3% du budget en 2024, soit moitié moins depuis 2019. 

Les recettes du pays sont elles aussi en baisse, baissant de près de 5 points entre 2013 et 2019, passant de 20 % du PIB à 15,4 %. 



L’exemple de l’entreprise Electricité du Laos (EDL) : 


Alors que le Laos est lié à la Chine par trente cinq projets d’infrastructures depuis 2010, la stratégie chinoise est venue bouleverser l’économie lao tournée vers l’exportation. En effet, grâce à ses nombreux barrages qui lui permet de produire de l’hydroélectricité afin d’être « la batterie de l’Asie du Sud-Est », les prêts chinois ont eu comme conséquence d’inverser la tendance en recentrant l’économie sur son marché intérieure par les 6 milliards de dollars investis. L’entreprise Electricité a donc du céder 625 millions de dollars et 90 % de sa filiale chargée de la gestion des lignes à haute tension à l’opérateur chinois China Southern Power Grid, pour une durée de vingt-cinq ans, permettant à l’entreprise de capter une grande part des revenus de l’entreprise initialisent lao. 



Évolution des mentalités : 


Si l’arrivée de la Chine perturbe l’économie lao, la société, elle, se modifie profondément. De fait, plus qu’une infrastructure, le train reliant Vientiane à Kunming symbolise à lui seul l’accueil des projets et produits chinois par la population. Poussée par une presse chinoise présente sur place grâce avec le China Daily, la voix de Pékin, les mentalités locales sont en train de changer. 

Désormais, la population se tourne vers les voitures électriques chinoises de la marque BYD autant qu’elle est attirée par les téléphones Honor.

L’envoyé spécial au Laos Brice Pedroletti observe également que le nombre de mariages entre laotiens et chinois augmente. Selon une Française, anthropologue de formation qui travaille à Vientiane et interrogée par le journaliste du Monde « les mariages avec les Chinois sont de plus en plus nombreux – il ne s’agit plus seulement de paysans, mais d’employés de banque, de gens aisés, qui ont un statut » tout en disant que « Cela peut être analysé comme une stratégie de protection face à un avenir incertain, car il est toujours bon d’avoir un enfant marié à un Chinois, souligne-t-elle. Un phénomène similaire avait été observé parmi l’ancienne élite, à l’époque de la révolution communiste, en 1975. »

De manière concrète, cette vision renouvelée de la Chine est symbolisée par une augmentation des cours de chinois dans les Instituts Confucius et des bourses d’études pour la Chine. Entre 2017 et 2024, le nombre d’étudiants inscrits dans les Instituts Confucius a doublé, s’établissant à 26 551 pour l’année 2024-2025. 

À lire aussi

Foule de manifestants assis dans une avenue arborée, drapeaux indiens et bleus levés, lors d’une manifestation à Delhi L’insulte de trop : comment les “cafards” défient l’élite indienne Le 15 mai 2026, le président de la cour suprême de l’Inde Surya Kant qualifiait les jeunes indiens soupçonnés de détenir... Skyline de Shinjuku à Tokyo au coucher du soleil, gratte-ciel illuminés avec le mont Fuji en silhouette à l'arrière-plan Le XXème siècle sera-t-il vraiment japonais ? Le 22 juin 2026, le Nikkei 225, principal indice de la Bourse de Tokyo, a clôturé à 72 353,96 points un record absolu, q... Vladimir Poutine se serrent la main lors d'une cérémonie de signature d'accords, entourés des drapeaux chinois et russes (photo d'archive, 2023). Diplomatie en triptyque : Chine, Russie et Corée du nord Avec une croissance du PIB de 3,7% en 2024, la Corée du Nord connaît sa plus forte croissance depuis 2016, permise à la...